La fin de l’ « arenhisation » du marché Français

By Baptiste Desbois

By Baptiste Desbois on 12/03/2015

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Par Baptiste Desbois.

Deux types de modèles sont proposés aux clients français qui signent une offre de marché : une offre 100% marché ou une offre combinant un volume marché et un volume ARENH. Il semble aujourd’hui que l’ARENH a perdu ses lettres de noblesse en raison de l’attractivité des prix de marché et d’un problème de visibilité (et donc de risque) quant au nouveau prix du volume ARENH. En parallèle, les prix de marché sont devenus volatils.

Pour rappel, la France a mis en place un système très particulier au travers duquel les fournisseurs alternatifs et donc les clients finaux peuvent s’ils le souhaitent acheter de l’électricité produite par les centrales nucléaires d’EDF à un prix régulé appelé prix ARENH (le volume est actuellement plafonné à 100 TWh/an). Le 4 décembre 2014, la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) a annoncé que le volume total d’ARENH demandé pour le 1er semestre 2015 s’élèverait à 15,8 TWh. En 2014, les volumes réservés étaient 36,8 TWh pour le 1er semestre et 34,5 TWh pour le 2e semestre. Les consommateurs français ont donc fait le choix de s’orienter massivement vers les prix de marché, délaissant l’ARENH. Ainsi, la CRE explique le plongeon des demandes ARENH par deux facteurs :

  • « l’absence de visibilité sur les évolutions à venir du prix de l’ARENH »

Celui-ci a été fixé à 40 €/MWh à partir du 1er juillet 2011 puis à 42 €/MWh au 1er janvier 2012. Un nouveau prix aurait dû être publié au plus tard le 7 décembre 2013 mais cela n’a pas été fait en raison de l’absence d’un décret du gouvernement fixant la méthodologie du calcul du prix. Un projet de décret a tout de même été établi en 2014 pour soumission à différentes autorités. L’examen de ce projet par la Commission Européenne est encore en cours et a conduit la France à reporter la réévaluation du prix de l’ARENH au 1er juillet 2015. L’annonce de ce délai a été faite le 4 novembre 2014, soit après la date limite de réservation des volumes ARENH pour les clients finaux (Les fournisseurs peuvent réserver les volumes avant la mi-novembre mais ne permettent en général pas à leurs clients finaux de le faire après octobre). Dans un souci de visibilité, beaucoup de clients ont donc opté pour des prix 100% marché. En parallèle, ce communiqué du 4 novembre indiquait que la CRE estime à environ +2€/MWh l’évolution nécessaire du prix de l’ARENH en juillet 2015, sur la base des informations disponibles aujourd’hui.

  • « la baisse des prix sur le marché de gros de l’électricité »

Il est arrivé à plusieurs reprises que les prix de marché tombent sous le niveau de l’ARENH, d’où une remise en question du choix de ce système par rapport à un contrat indexé uniquement sur les prix de marché. Si l’on s’appuie sur l’augmentation de 2 €/MWh estimée par la CRE, il est donc plus opportun de sécuriser aujourd’hui son prix pour les prochaines années sous les 42 €/MWh. Les prix ont cependant été volatils, en fonction des divers bruits de couloirs et annonces. Une hausse brutale avait été observée le 15 octobre 2014. A cette date, la CRE avait publié un rapport sur les tarifs réglementés dans lequel on pouvait lire qu’elle retenait pour certains calculs une hypothèse de hausse du prix de l’ARENH de l’ordre de 2 €/MWh et par an. Les prix se sont ensuite progressivement relaxés, bien que soutenu par la nouvelle estimation publiée le 4 novembre 2014 estimant une hausse de l’ARENH de 2 €/MWh en juillet 2015. Pourtant, dès décembre, les prix sont largement passés sous le niveau ARENH pour toucher les 38 €/MWh. Les acteurs de marché pensent-ils que le prix de l’ARENH ne montera pas ou que le mécanisme sera adapté ? Sont-ils en train de bouder ce système et plaident-ils pour un marché sans ARENH comme dans les autres pays européens ? Il est vrai que les niveaux de production sont relativement sains, les réserves hydroélectriques élevées et la demande orientée à la baisse. En parallèle, les prix dans les autres pays sont aussi en baisse. Est-ce la France qui influence ses voisins ou l’inverse ? Ce phénomène est d’autant curieux dans la mesure où l’effondrement des prix a eu lieu après avoir l’annonce d’une forte baisse des réservations de l’ARENH pour le premier semestre 2015 (signifiant que la demande sur le marché devient élevée). Par ailleurs, avec la fin des tarifs réglementés en France, les achats sur le marché sont logiquement appelés à croître, d’où une pression supplémentaire. Affaire à suivre…

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